
CORPUS DES LUTHISTES FRANÇAIS
Le Corpus des Luthistes Français a pour objectif de remettre à jour le répertoire du luth tombé dans l'oubli au XVIIIe siècle mais dont l'importance est considérée comme décisive pour la connaissance de l'élaboration de la musique instrumentale occidentale.
Dès 1956, les recherches sur ce sujet furent entreprises au Centre National de la Recherche Scientifique, à Paris, sous la direction de Jean Jacquot, pour aboutir à l'édition critique du Corpus des Luthistes Français qui a été poursuivie sans relâche depuis plus de quarante ans. La méthode de travail en matière de transcription et d'analyse fut mise au point par le musicologue belge, André Souris, qui a assumé pendant douze ans la responsabilité de l'édition avec la collaboration de Monique Rollin et ponctuellement celle de Richard de Morcourt, Pierre Jansen, Jacques Veyrier avant que Jean-Michel Vaccaro ne vienne les rejoindre.
Le CLF a une double destination. Destiné, en premier lieu, à l'usage scientifique, il fournit un matériel de recherche aux musicologues mais il propose également un outil pratique aux luthistes et peut être utilisé par eux.
Les volumes du CLF regroupent donc pour chaque auteur: la reproduction de la tablature et la transcription de ses œuvres, accompagnées d'un appareil critique.
Si la publication par auteur a été choisie dès l'origine de la collection, c'est parce que la musique de luth - du XVIIe siècle en particulier - est accessible à travers un nombre considérable de manuscrits dont le contenu se recoupe sans cesse.
La tablature, document de base, placée en regard de la transcription paraît être la seule méthode qui puisse répondre aux besoins de toutes les catégories de lecteurs. La transcription en notation moderne qui lui est superposée en est le complément nécessaire. Elle passe obligatoirement par une analyse fonctionnelle approfondie car elle doit rendre compte de la structure de l'œuvre et permettre de retrouver sa signification. Par ailleurs, elle aide les musiciens qui ne sont pas familiarisés avec la tablature à prendre connaissance de cette musique.
Transcription et analyse aboutissent à l'établissement de l'appareil critique dans lequel apparaissent pour chaque auteur, le catalogue de son œuvre, l'étude des sources et des concordances qui aident à justifier les choix éditoriaux parfois délicats imposés par la multiplicité des recueils de tablature.
D'autres chapitres abordent certains aspects de technique instrumentale comme les doigtés, les accords de l'instrument ou les ornements. En outre une recherche biographique concernant l'auteur, son milieu, son environnement social et culturel permet de situer cette musique dans la culture historique et musicale de l'époque à laquelle elle a été conçue. Enfin une étude de l'œuvre fait apparaître des remarques d'ordre formel et stylistique concernant la musique, l'interprétation, l'évolution du langage musical.
Le bilan des publications s'établit ainsi: plus de trente volumes sont disponibles actuellement sans compter les rééditions revues et augmentées en fonction des nouvelles découvertes. En effet, ces éditions ne sont jamais définitives. Elles ont pour mission de présenter l'état des recherches lors de leur publication et permettent ainsi de mesurer l'intérêt des rééditions mises à jour.
Monique Rollin